Lettre à Marie,
Nous avons passé, hier, une après-midi magnifique. Je sais que tu viendras un jour lire ce que je ne dis pas.
Tu étais ravissante comme toujours, avec cet air garçon manqué qui te caractérise. Je t’ai regardée rire, plaisanter et danser sur les tables que nous occupions. Si j’avais eu le quart de ta spontanéité, je t’aurais rejointe. Dans trois mois nous allons travailler ensemble. Pas à temps plein, je n’ai pas ta chance, mais nous nous verrons encore plus souvent et je n’arrive plus à faire semblant. Marie, j’ai si peur de ce que je voudrais t’écrire.
Comment n’as-tu jamais compris que l’amitié qui nous lie va bien au-delà ?
Parce que tu es authentique ? Parce que tu trouves tout naturel ? Parce que tu ne veux pas voir ?
T’es-tu jamais demandée pourquoi je n’ai jamais eu de petit copain ? Ne t’es-tu jamais posée la question du pourquoi tu ne me vois jamais sortir ? Je sais que, peut-être, tout ceci va te choquer. Je n’ai plus aucune éloquence devant ce que je tente d’avouer. Je sais que face à toi, je ne pourrais pas. Alors, voilà, sans le dire vraiment, j’essaie de te le faire comprendre. Certes, tu ne mettras pas longtemps à déchiffrer ce que t out imbécile est capable de soupçonner depuis la première phrase.
Aveu
Ces cheveux toujours en bataille
Ce sourire qui foudroie, ces yeux de biche,
Qui me poursuivent où que j’aille ;
Ce tout qui a fait que de toi je m’entiche.
La nuit, je rêve ce que je n’ose dire
Le jour, je fuis ce que j’aime ardemment.
La nuit, dans mes draps, tu vas me maudire,
Je t’aime, à la folie, éperdument.
Ces mains longues et fines, qui dansent
En arabesques quand tu parles vite,
Ces lèvres qui disent plus qu’elles ne pensent,
Ton visage, je l’accroche aux murs que j’habite.
Je me perds en mots bredouillés, embrouillés,
Je rougis quand tu me frôles sans arrière-pensée,
Je me cache loin de toi pour ne pas te souiller.
Marie, que diras-tu devant l’amour péché ?
Au risque de te perdre ou, qui sait peut-être,
A la chance d’être comprise, enfin j’avoue
Que cet amour de toi je n’en suis plus maître
Et que depuis je vis toutes les peines des jaloux.
Jeanne
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